Irina, Un Opéra Russe est l’intitulé du dernier ouvrage de l’écrivain algérien Anouar Benmalek. Le livre est publié en 2025 aux éditions Dalimen en Algérie et Emmanuelle Collas en France.
Il s’agit de la réadaptation, restructuration de Ludmila, écrit par le même auteur en 1986. Le roman a été rapidement suspendu, reprochant l’aspect dénonciateur, critique de Benmalek ; envers notamment l’URSS communiste de l’époque.
Ce dernier ouvrage met en avant les personnages de Walid ( alter ego de l’auteur) et Irina ( personnage éponyme) à travers leur histoire d’amour tumultueuse. De leur rencontre improbable au début des années 1980 au musée de l’Ermitage jusqu’à leurs retrouvailles 40 ans plus tard, le lecteur se trouve absorbé dans l’histoire de ce jeune couple mixte :
“Mon chéri, tu me manques à un point que tu ne peux imaginer…Mon Africain tendre, je me sens très seule sans toi dans ce grand lit vide. Mon amour unique, mon amour pour toujours, j’ai tellement envie de te parler, de t’embrasser… Je ne pense qu’à toi ya habibi, même quand je chante sur scène.”
L’autre thématique centrale du roman est l’art et la richesse culturelle de la Russie. Nous y sommes introduit par Irina, qui au début du récit, est une jeune soprano en devenir à l’opéra de la ville de Leningrad.
En outre, la place qu’occupe l’art est mise en avant aussi par le biais du musée de l’Ermitage et la passion de la protagoniste pour le troisième art :
“ Ils traversent au pas de course la salle d’art vénitien, puis une extraordinaire galerie qu’un panonceau présente comme “ les loges de Raphaël”. (…) La petite salle italienne se situe dans le Nouvel Ermitage, l’un des quatre palais annexés au palais principal (…) La jeune femme se plante devant un tableau de dimensions moyennes:
C’est le joueur de luth de Michelangelo Merisi surnommé Le Caravage. L’unique toile du peintre dans ce musée et l’un des rares exposés en dehors de l’Italie.”
Sur le point de l’écriture, le style de Benmalek est d’une poésie délicate et d’une musicalité pénétrante. Comme le démontre le passage suivant :
“ Ho tante cose che ti voglio dire. J’ai tant de choses à te dire, ou plutôt, une seule, mais vaste comme la mer, comme la mer, profonde et infinie .”
Telle est la phrase par laquelle le lecteur est introduit au roman. En effet, il s’agit de l’Ouverture, précédent le premier chapitre.
Le roman aborde également l’Histoire, plus précisément le conflit qui a eu lieu dans les années 1930 entre la Russie et le Kazakhstan. Benmalek revient sur cette période avec le personnage de Vladimir, le grand-père d’Irina, qui, ironie du sort, ou plutôt de l’imagination de l’écrivain, a été capturé et emprisonné en Algérie pendant une brève période. Comme nous pouvons le lire dans l’extrait ci-dessous lorsque les deux protagonistes se rencontrent, Walid se présente et dévoile sa nationalité algérienne :
“ -Ah vous interesseriez certainement mon grand-père Vladimir
-Et pourquoi donc ?
– Il connaît un peu votre pays, il y a fait de la prison.”
En définitive, ce roman semblerait se réduire qu’à deux points si l’ont s’en tenait au titre uniquement. Pourtant, Benmalek a réussi à rassembler dans cet ouvrage de 469 pages : une histoire d’amour, d’amitié ( Tamara) , l’art et la culture si vastes, ainsi que l’Histoire et le passé politique russe du XX siècle. Le tout en se basant sur son propre vécu. – Ayant lui-même poursuivi des études en URSS comme son personnage Walid.
Enfin, ce roman plaira aux amoureux de la Russie, aux curieux d’autres cultures, aux lecteurs avides d’écriture poétique et de narration qui transporte.
